Author: Nicolas

  • Pas de levée de fonds réussie sans traction marché préalable

    Pas de levée de fonds réussie sans traction marché préalable

    S’il est une petite musique que l’on connaît bien dans le monde de la start-up, c’est bien celle qui se rapporte à la levée de fonds et qui nous répète, année après année, que les start-up qui lèvent s’en sortent mieux que les autres. Mais le paysage de l’investissement en France a connu d’importantes évolutions, passées sous les radars des structures d’accompagnement. Une nouvelle donne dont il faudrait tenir compte dans toute stratégie de financement, selon Nicolas Reynier, Exécutive Manager Financement, IncubAlliance.

    Alors que le discours ambiant semble unanime en faveur de la levée de fonds, il faut remettre en question l’efficacité de cette approche systématique. Pourquoi ? Parce que je regarde les chiffres en face ! Prenons l’écosystème Paris- Saclay : chaque année, il donne naissance à une centaine de start-up deeptech qui, pour la plupart, seront poussées par les structures qui les accompagnent à lever des fonds, comme on l’a toujours fait.

    Or au cours des dix dernières années, le paysage de l’investissement a très largement évolué… peut-être plus vite que les structures d’accompagnement elles- mêmes d’ailleurs ! Alors que les investisseurs d’hier étaient plutôt positionnés sur des régimes fiscaux et très fortement liés au monde de l’industrie, on a progressivement vu se multiplier dans le monde de l’investissement des acteurs – tels que Marc Simoncini ou Xavier Niel – plus orientés numérique.

    Résultat : là où pendant des années on a pu voir des entrepreneurs lever des fonds sur une idée / un rêve technologique, ce sont davantage aujourd’hui les sociétés capables de générer du chiffre d’affaires qui séduisent les investisseurs. Evidemment de très beaux projets technologiques comme Trust Me par exemple continuent de faire rêver, mais si l’on s’intéresse aux volumes, force est de constater que le gros des levées se fait vers les start-up issues du numérique. C’est à mon sens ce décalage entre discours ambiant et réalité du terrain, d’autant plus paradoxal qu’il n’y a jamais eu autant de conseils et de structures, qui explique les trop nombreuses idées reçues autour de la levée de fonds et aussi un certain nombre d’échecs.

    Trois types de financements

    Derrière l’image idéalisée se cache donc une réalité de la start-up, et par extension de la levée de fonds, beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît… A force d’idéaliser la start-up à coup de success stories, on a tendance à mettre tout le monde dans le même panier et à ne proposer qu’une seule solution là où les situations sont en réalité très différentes.

    En ce qui me concerne, je considère qu’il existe trois grands types d’entrepreneurs : ceux qui, inspirés par le modèle de l’entreprise familiale, ne veulent pas lever de fonds et optent pour l’auto-financement, le prêt bancaire et la génération de chiffre d’affaires pour assurer une croissance dont ils acceptent qu’elle ne sera pas rapide ; ceux qui, compte-tenu de l’intensité capitalistique de leur activité, sont obligés de s’engager dans une course perpétuelle à la levée des fonds et acceptent de devoir compter sur leurs investisseurs pour co-construire leur stratégie ; et ceux qui, après une première traction marché, entrent dans une phase de croissance pouvant nécessiter une levée de fonds pour passer à la vitesse supérieure. C’est dans ce troisième modèle intermédiaire que s’inscrivent la plupart des start-up deeptech que nous accompagnons.

    La question pour elles n’est pas tant de savoir si oui ou non elles doivent faire une levée de fonds, mais pourquoi la faire et surtout quand doit-elle intervenir. Pourquoi la question du moment de la levée est-elle décisive à vos yeux ? Parce que la plupart des start-upper pensent qu’ils peuvent utiliser la levée de fonds pour développer leur premier produit, ce qui est à mon sens un très mauvais calcul. Et pour cause, pour que des investisseurs aient envie de mettre la main à la poche et qu’une levée de fonds soit rapide, il faut en effet que la société ait une valeur. Difficile autrement d’imaginer un retour sur investissement. Or qu’est-ce qui fait la valeur d’une société si ce n’est son potentiel portefeuille client ? Facebook n’a pas la même valeur avec 200 abonnés versus 2 milliards !

    Encourager les entrepreneurs à développer une pré-solution ou un pré-produit

    A mes yeux, la règle d’or est donc simple : pas de levée de fonds réussie sans traction de marché préalable ! Je ne peux donc qu’encourager les entrepreneurs à aller le plus vite possible au contact de leur clientèle, avec une pré-solution ou un pré-produit, pour vérifier et pouvoir montrer aux investisseurs qu’existe bien cette appétence du marché. Mais pour cela il faut de l’argent. Or on sait qu’une start-up, surtout en début de vie, manque cruellement de cash…

    Comment donc sortir de l’impasse ? Outre son apport personnel et le soutien financier qu’il peut recevoir de la part de sa famille ou de ses amis, l’entrepreneur deeptech doit apprendre à tirer profit des nombreux dispositifs de pré-amorçage existant en France pour favoriser les effets de levier, quand bien même les conditions d’obtention de ces financements ne sont pas toujours simples.

    Pour ce faire, plusieurs pistes sont à explorer : la Bourse French Tech de Bpifrance, une aide publique clé pour financer les premières dépenses de son projet ; les prêts d’honneur octroyé sans intérêt ni garantie personnelle (Réseau Entreprendre, Wilco, SQY initiative) pouvant faciliter l’accès aux prêts bancaires ; les dispositifs émergents tels que le Fonds French Tech Seed destiné à accompagner les entreprises innovantes à forte intensité technologique. L’entrepreneur peut également se tourner vers des business angels prêts à investir s et à mettre à disposition leur expertise et leur réseau relationnel.

    Une fois épuisés les dispositifs de pré-amorçage, arrive donc enfin l’heure de la levée de fonds. Quels ultimes conseils ou mises en garde ? Tout d’abord, d’accepter de consacrer le temps nécessaire à cette recherche de fonds qui, à première vue, peut sembler empiéter sur le temps à consacrer au développement de la société. Ensuite, de bien choisir qui l’on décide de faire entrer au capital de sa société, en vérifiant : 1) qu’il pourra suivre sur le 2ème tour de financement, 2) qu’il saura accompagner au mieux la croissance de l’entreprise pour en maximiser la valeur. Enfin, d’accepter d’entrer dans un modèle axé sur “l’hyper croissance” avec toute la pression que cela suppose.

    Nicolas Reynier, Executive Manager Financement, IncubAlliance

  • Startups : à l’heure de la reprise, le bricolage financier ne suffira plus !

    Startups : à l’heure de la reprise, le bricolage financier ne suffira plus !

    Article initialement publié le 3 décembre 2021 sur le site Maddyness https://www.maddyness.com/2022/01/02/startups-finance-bricolage/

    Prêt Garanti par l’État (PGE), prêt Résilience, appel à projets Covid : depuis plus d’un an pour les startups, tous les moyens sont bons pour tenir, coûte que coûte ! Un bricolage financier imposé par l’urgence qui, s’il a eu le mérite de sauver quelques têtes pourrait bien, à terme, condamner certains à y laisser des plumes.

    Alors qu’en pleine crise sanitaire notre économie connaissait un coup d’arrêt brutal, l’État a su prendre ses responsabilités pour tenter de sauver les startups françaises. Un soutien massif et inédit qui s’est traduit dans les faits par le lancement d’un plan d’urgence spécifique aux startups de près de 4 milliards d’euros, l’ouverture d’une enveloppe de 80 millions d’euros octroyée pour les startups en cours de levée de fonds, l’octroi de plus de 135 milliards d’euros de prêts garantis par l’État (PGE) à plus de 700 000 entreprises dont de nombreuses startups ou encore le lancement par la région Ile-de-France du prêt Résilience pour soutenir les entreprises en difficultés.

    Autant de mesures d’aides que les entrepreneurs n’ont pas hésité à cumuler pour maintenir leur société à flot, sans toujours bien en entrevoir les conséquences.

    Quand le soutien se transforme en frein

    Avec le recul, force est en effet de constater que ces dispositifs, s’ils ont permis un temps d’offrir une bouffée d’oxygène aux startups, ont aussi contribué à créer de la confusion. Manque de lisibilité, problème d’accessibilité, inadaptation de certains dispositifs aux spécificités de la startup : toutes les démarches n’ont semble-t-il pas toujours été simples. Autre symptôme de ce malaise naissant : la multiplication par trois en 2020 du recours au médiateur du crédit, le plus souvent pour des questions en lien avec le PGE.

    Et pour cause, s’endetter n’est jamais un acte anodin pour une startup récemment créée. Si donc certains entrepreneurs ont, dans ce contexte, réussi à s’en sortir grâce à une forme de bricolage financier, dans les mois à venir les choses risquent de se compliquer grandement, notamment pour toutes les startups qui ont été contraintes de mobiliser de la dette à court terme. Car, outre le fait que certaines sont contraintes de commencer à rembourser ce qu’elles ont emprunté, ces dernières risquent à l’avenir de se voir sérieusement handicapées, que ce soit pour lever à nouveau de la dette ou pour aller chercher des fonds.

    Un handicap qui pourrait avoir des conséquences majeures pour certaines jeunes pousses au moment de la reprise et envoyer un mauvais signal aux investisseurs appelés dans un futur proche à faire à nouveau la pluie et le beau temps.

    Reprise, compétition et besoin de fonds

    Et pour cause, tous les analystes s’accordent sur le fait que les startups sont sur le point d’entrer dans une période d’hyper compétition à laquelle ne survivront que celles qui sauront au plus vite se mettre en ordre de marche. Comment ? En se démarquant de leurs concurrents, en recrutant les meilleurs profils pour accélérer leur développement, bref en allant chercher la surperformance et les points de croissance qui seront, à n’en pas douter, regardés de près par les fonds d’investissements pour faire le tri entre les bons et les moins bons projets.

    Car si pendant la crise, c’est au soutien de la puissance publique que nombre de startups ont dû leur survie, dans les mois à venir c’est du côté des fonds d’investissement qu’elles vont devoir tourner leur regard pour passer à la vitesse supérieure et faire partie des heureuses élues pouvant prétendre à un avenir. Fini le bricolage donc, il est désormais temps de viser haut et d’agir vite ! Une nouvelle évidemment mauvaise pour les startups que l’endettement place en queue de peloton mais une chance pour celle qui ont su anticiper la sortie de crise !

    Des opportunités à saisir

    En cette fin d’année 2021, l’alignement des planètes semble en effet plutôt bon pour les porteurs de projet prêts à s’orienter vers des levées de fonds. Après une année 2020 marquée par une forme d’attentisme, un recentrage des investisseurs sur leurs propres portefeuilles, des bridges et des investissements focalisés sur des entreprises déjà connues et un net recul des fonds levés pour les pré-seed et les séries A, il semblerait en effet que l’heure du redémarrage de l’investissement soit enfin arrivée compte-tenu du cash disponible côté investisseurs.

    Côté Bpifrance, les indicateurs sont également au vert, notamment du fait du renforcement du Plan Deeptech dont l’objectif initial d’investissement de 1,3 milliards d’euros dans les startups deeptech d’ici 2023 a été réévalué à 2 milliards d’euros. Enfin, autre tendance non négligeable révélée par le dernier baromètre 2020 du crowdfunding édité par Financement Participatif France (FPF) et Mazars : avec 1,02 milliards d’euros collectés en 2020, soit une hausse de 62% par rapport à 2019, les plateformes de financement participatif se portent elles aussi plutôt bien.

    Une vitalité du crowdfunding portée, côté investisseurs, par de nouveaux entrants aux profils variés. Après une année 2021 exceptionnelle au niveau du financement, 2022 s’annonce donc sous de très bons auspices. Avis aux entrepreneurs : plus que jamais les opportunités sont là, il est donc temps de rassembler les troupes et de partir au front.

    Nicolas Reynier, Executive manager financement d’IncubAlliance