Catégorie : Field Notes

Observations, lessons and reflections from the field.
Short notes on startups, founders and the realities of building DeepTech ventures.

  • De SPRING à VivaTech : comment on retient ce qu’on nous dit

    De SPRING à VivaTech : comment on retient ce qu’on nous dit

    Il y a quelques jours, je publiais une note Substack sur SPRING et je citais Sébastien Lasnier, fondateur de Synaptys : « Nous ne mémorisons pas les choses comme une caméra vidéo. Nous reconstruisons nos souvenirs en permanence. » J’y explorais ce que mon cerveau avait gardé de SPRING quinze jours après. Pas des informations, mais des connexions inattendues, des souvenirs rallumés, des questions qui continuaient à travailler en arrière-plan.

    N°2/ Ce que mon cerveau a oublié de SPRING par Nicolas Reynier

    La valeur d’une journée de networking ne se mesure pas au nombre de rendez-vous.

    Lire sur Substack

    Le pont vers VivaTech

    Je me suis posé la même question pour VivaTech, à une différence près : cette fois, c’était à moi de faire la promotion des startups et de l’écosystème Paris-Saclay. J’étais passé de l’autre côté. Récepteur à SPRING, émetteur à VivaTech.

    Et la question s’est retournée avec moi. Si je me mets à la place d’un investisseur qui a parcouru les allées pendant deux jours, qu’est-ce qu’il va retenir, lui, quinze jours plus tard ?

    Ce qu’un investisseur retient vraiment

    Si la mémoire reconstruit au lieu d’enregistrer, alors la réponse est presque écrite d’avance. L’investisseur ne retiendra pas le flux. Pas le nombre de startups vues, pas les caractéristiques techniques, pas les chiffres de traction alignés sur une slide.

    Il retiendra deux ou trois ancrages. Une connexion inattendue entre deux idées. Une émotion. Une histoire que son cerveau va rallumer tout seul, sans prévenir, sur le trajet du retour ou quinze jours après. Exactement ce que moi j’ai retenu de SPRING.

    Et je le vérifie sur moi-même. J’ai croisé des dizaines de projets brillants à VivaTech, du quantique, de la photonique, une biopuce capable de détecter des virus en quinze minutes. Mais si je suis honnête, dans deux semaines, je n’aurai pas gardé les détails. J’aurai gardé un visage, une phrase, une surprise.

    La leçon, pour qui pitche

    D’où une idée un peu contre-intuitive : on ne pitche pas pour transmettre de l’information, on pitche pour être reconstruit.

    Le fondateur qui empile douze fonctionnalités entre en concurrence avec la reconstruction de son interlocuteur. Il donne trop de matière, donc on ne retient rien ou presque. Celui qui plante deux ou trois ancrages forts, une image marquante, une émotion, une histoire concrète, donne au cerveau de l’investisseur de quoi rebâtir un souvenir fidèle. Densité d’information faible, ancrages mémorables forts.

    C’est difficile à accepter pour les fondateurs, surtout pour ceux qui ont appris à être exhaustifs et rigoureux. Mais la mémoire d’un investisseur n’est pas un disque dur. Peut-être que la rigueur, dans un pitch, consiste justement à choisir ce qu’on accepte de ne pas dire.

    Et moi, en émetteur ?

    Cette fois, c’était mon tour de tester la théorie sur moi-même.
    J’avais rencontré une entreprise japonaise de la food à SPRING. Nous avions prévu de nous revoir à VivaTech, et cette fois j’arrivais avec quelque chose à transmettre. J’aurais pu déballer tout Paris-Saclay, mais j’ai privilégié un document court et imprimé : dix startups, trois partenaires, trois événements. Ce choix, c’était accepter de ne pas être exhaustif, mais de rester assez large pour ouvrir des opportunités.
    Parmi ces dix, il y avait Mycelium Technologies. J’ai Invité mon interlocutrice à aller voir leur stand. Elle y a goûté une entrée, un plat et un dessert entièrement à base de mycélium.
    Voilà l’ancrage. Dans quinze jours, elle aura peut-être oublié mes dix noms. Mais le repas en mycélium, voilà ce qui a le plus de chances de rester. C’est simple, incarné, surprenant, exactement ce que la mémoire garde. Et je n’avais pas prévu ce moment précis. J’avais orienté la sélection, la sérendipité a fait le reste. C’est peut-être ça, mon métier de passeur : ne pas chercher à être mémorable, mais créer les conditions d’un souvenir.

    Et dans un salon devenu trop grand

    Cette année, j’ai trouvé VivaTech plus grand que l’année dernière. C’est peut-être juste une impression, mais je m’y suis un peu perdu, et j’ai vu Alice & Bob sur trois stands différents sans toujours savoir où poser mon attention.

    Quand un salon sature, l’attention devient rare et la mémoire encore plus sélective. Le déluge d’informations n’aide pas, il noie. L’ancrage qui survit, c’est celui qui est simple, incarné, un peu surprenant.

    Alors la leçon vaut double. Dans un monde saturé, la vraie compétence n’est peut-être pas de tout dire, mais de choisir ce qui mérite d’être reconstruit.

  • Une semaine au cœur de l’innovation à Paris-Saclay (presque 100% PUI)

    Une semaine au cœur de l’innovation à Paris-Saclay (presque 100% PUI)

    4–6 minutes

    Retour sur une semaine du 16 novembre particulièrement intense au cœur de l’innovation Paris-Saclay

    Voilà un peu plus d’un mois que je n’ai rien publié sur mon blog.
    La raison ? Le temps. Ou plutôt, le manque de temps. Entre mes cours, la correction des copies de Master 1, la préparation du concours i-Lab 2026, les projets en cours, et les nombreux événements de l’écosystème – notamment autour de la santé – les journées ont filé à une vitesse folle.
    Et cette semaine du 16 novembre en a été une parfaite illustration.

    Une semaine au cœur du Pôle Universitaire d’Innovation (PUI) de Paris-Saclay

    En collaboration avec EBN – European Business and Innovation Centre Network, qui réunit les principaux incubateurs et centres d’innovation européens, et surtout Johanna qui a eu l’initiative de cette visite, nous avons eu le plaisir d’accueillir une délégation libanaise sur le Playground Paris-Saclay.

    Même si j’ai déjà eu l’occasion d’échanger avec plusieurs délégations internationales, c’était pour moi la première fois que je rencontrais une délégation libanaise — un moment à la fois nouveau et très enrichissant.

    J’ai été ravi d’y associer — et je les remercie pour leur soutien — mes camarades du PUI, Roberta et Rita, ainsi que Simon Morin, lauréat Starthèse 2024. Simon a lancé D.Terre Biotechnology, avec Aïda et Nadia, une jeune startup accompagnée par IncubAlliance, qui développe des solutions de dépollution des sols par enzymes. Leur ambition ? Mettre à profit des enzymes naturelles, stables et biodégradables, pour traiter les polluants organiques des sols — hydrocarbures, résidus industriels, etc. — et offrir une alternative écologique, moins coûteuse et plus respectueuse de l’environnement que les méthodes classiques. Vous pouvez lire un article complet sur leur startup sur le site de l’université Paris-Saclay : https://www.universite-paris-saclay.fr/en/news/dterre-plate-soil-decontamination-thanks-enzymes

    Il a présenté un pitch sans slide (ma faute), exposant avec simplicité et précision les fondements de leur démarche.
    D.Terre illustre bien cette nouvelle génération d’entrepreneurs scientifiques engagés dans des solutions biotechnologiques utiles et responsables.

    Le premier Lab Tour de l’Université d’Évry a également rassemblé plus de 60 participants.

    Aux côtés de ma camarade de PUI Action 1, Sinaï, j’ai participé au premier Lab Tour organisé à l’Université d’Évry. À cette occasion, nous sommes intervenus lors d’une table ronde dédiée au rôle du PUI et à notre contribution au développement de l’entrepreneuriat académique, devant un public composé de chercheurs, doctorants et d’étudiants.

    Ces échanges ont permis de revenir très concrètement sur notre mission : faire le lien entre les laboratoires, les dispositifs d’accompagnement et l’écosystème de valorisation, tout en tenant compte des contraintes spécifiques de la recherche publique.

    L’après-midi s’est poursuivie par des discussions plus informelles avec plusieurs chercheurs. Deux sujets sont revenus de manière récurrente : les enjeux de propriété intellectuelle — souvent perçus comme complexes, voire dissuasifs — et les difficultés rencontrées par certains étudiants et doctorants internationaux, notamment dans leur compréhension des dispositifs français et de leurs marges de manœuvre entrepreneuriales.

    Des échanges précieux, qui rappellent à quel point l’accompagnement ne se limite pas aux outils ou aux financements, mais repose aussi sur la pédagogie, la clarification des règles du jeu et l’écoute des réalités de terrain.

    Au-delà de ces échanges terrain, la semaine a également été marquée par un temps fort autour de l’innovation en santé, qui illustre parfaitement la structuration progressive de l’écosystème.

    Focus santé en milieu de semaine avec le Rendez-vous de l’innovation en santé

    Le mercredi a été marqué par un temps fort : la présentation du panorama de l’innovation en santé au sein de l’Université Paris-Saclay, lors des Rendez-vous de l’innovation en santé.
    Les chiffres présentés traduisent l’importance de l’écosystème santé sur Paris-Saclay avec :

    • Plus de 74 start-up créées en 10 ans dans la santé, près de 482 millions d’euros levés, et plus de 80 % de ces jeunes pousses encore en activité.
    • Un socle de 480 familles de brevets, 80 dépôts industriels, ainsi que 64 thèses CIFRE, éléments déterminants pour l’ancrage territorial et la valorisation de la recherche en innovation santé.
    • Cinq laboratoires communs LabCom créés ces cinq dernières années, preuve de la dynamique partenariale public-privé, et une implication de plus de 120 laboratoires et 450 entreprises partenaires.

    Parmi les projets présents figuraient notamment Willis (rencontré la veille) et Diav+, tous deux accompagnés par IncubAlliance.

    Ce rendez-vous a également été l’occasion d’annoncer et de signer un partenariat entre l’Université Paris-Saclay et la startup Owkin, spécialisée dans l’intelligence artificielle appliquée à la biologie. Dans ce cadre, un protocole d’accord a été signé pour déployer au sein de l’université la plateforme K Pro Free, un outil d’IA conçu pour faciliter l’accès et l’analyse des données biomédicales par la communauté scientifique. Ce partenariat vise à rendre cet outil accessible à l’ensemble des enseignants-chercheurs, chercheurs et doctorants en sciences biomédicales de Paris-Saclay, ainsi qu’à organiser des ateliers, des formations et des événements pour favoriser son adoption et son intégration dans les pratiques de recherche et d’innovation. 

    Pour en savoir plus sur l’accord signé :
    Université Paris‑Saclay et Owkin annoncent leur partenariat autour de l’IA en santé

    Ce que j’ai observé

    Au-delà des événements eux-mêmes, cette semaine a surtout été riche d’enseignements.
    Trois éléments m’ont particulièrement marqué cette semaine :

    • Le rôle central de la pédagogie, auprès de l’ensemble des interlocuteurs — chercheurs, entrepreneurs ou délégations internationales — notamment sur des sujets complexes comme la propriété intellectuelle
    • L’importance des échanges internationaux, qui permettent de challenger nos pratiques et d’enrichir nos approches
    • Le lien essentiel entre recherche et marché, au cœur des dispositifs comme le PUI, qui structurent la transformation des projets scientifiques en initiatives entrepreneuriales concrètes

    Je retiens en particulier la qualité des échanges avec nos interlocuteurs libanais. Leurs questions, précises et parfois exigeantes, obligent à clarifier nos pratiques, à expliciter nos choix et à aller au fond des sujets. C’est exactement ce type de dialogue qui permet de faire progresser collectivement les écosystèmes d’innovation.

    Conclusion

    Cette semaine intense rappelle une chose essentielle : l’innovation ne se décrète pas. Elle se construit, patiemment, au croisement des acteurs, des idées et des réalités de terrain.

    C’est cette dynamique collective, parfois complexe, souvent exigeante, qui permet de transformer la recherche en projets concrets.

    Et c’est précisément ce qui rend cet écosystème si passionnant.

  • Voyage au cœur de la journée i-Lab 2025

    Voyage au cœur de la journée i-Lab 2025

    Aujourd’hui, j’ai eu la chance d’assister à la cérémonie de remise des prix des lauréats du concours i-Lab 2025, un rendez-vous incontournable qui marque pour eux le début d’une nouvelle étape de leur aventure entrepreneuriale. C’est un moment attendu qui leur permet de se retrouver, d’échanger et de célébrer le début d’un nouveau chapitre dans leur développement.

    Sur le chemin, une étape

    Au rythme des embouteillages en direction de Boulogne-Billancourt, je me dirige vers la Seine Musicale, lieu emblématique où se déroule l’événement i-Lab. Ces moments de transition sont toujours propices à la réflexion — d’autant plus ici, dans un lieu à la croisée de la création artistique, de l’architecture futuriste et du monde des startups deeptech. Que de chemin parcouru pour ces jeunes pousses, souvent issues des laboratoires publics, qui franchissent aujourd’hui une étape symbolique… et décrochent un véritable label d’excellence. Un décor qui incarne à lui seul la rencontre entre imagination et innovation.

    Sur les derniers mètres, j’ai même expérimenté une nouvelle forme de mobilité douce avec OuiCycle, un véhicule intermédiaire entre énergie musculaire et solaire, à la fois respectueux de l’environnement et étonnamment fluide (ouicycle.fr). Une belle mise en jambe avant d’entrer dans le marathon i-Lab.

    L’ouverture du forum

    La matinée s’est ouverte en musique avec l’énergie communicative de Cécile Djunga, avant une série de présentations éclair d’entrepreneurs venus partager leur aventure et leurs ambitions.

    Parmi eux, KeplerTech, une startup que j’accompagne en tant que référent à IncubAlliance, a particulièrement retenu mon attention. Que de chemin parcouru depuis la relecture des premières lignes de leur dossier i-Lab, les réflexions stratégiques sur la trajectoire à adopter, les répétitions de pitch et la préparation de la vidéo de candidature… jusqu’à cette matinée où Christophe reçoit le cube magique tendu par la présentatrice pour se présenter devant les autres lauréats i-PhD, i-Lab et i-Nov.

    KeplerTech bouscule les codes de la microélectronique en développant NajaEDA, une plateforme open-source pour la conception de circuits intégrés.
    Dans un secteur verrouillé par quelques grands acteurs, leur approche ouverte et souveraine entend redonner la main aux entreprises, laboratoires et start-ups pour concevoir leurs propres puces, en toute autonomie. Lauréate du concours i-Lab 2025, la jeune pousse doit maintenant franchir plusieurs étapes clés : sécuriser sa R&D, renforcer la robustesse de sa plateforme et accélérer le déploiement commercial de sa solution de sa technologie, en Europe, en Inde, au Brésil et aux États-Unis.


    « Nous voulons donner aux entreprises la maîtrise de leurs outils de conception et la possibilité d’innover à leur rythme. » — Christophe Alexandre, CEO de KeplerTech

    Une belle illustration de la souveraineté technologique européenne et du potentiel de l’open-source.

    Pause déjeuner avec Unveil

    Le déjeuner fut l’occasion d’échanger avec Unveil, autre startup issue de Paris-Saclay et accompagnée par IncubAlliance. Née dans les laboratoires de l’Institut d’Optique Graduate School, Unveil révolutionne la caractérisation des nanoparticules grâce à une technologie optique directe, simple et rapide.

    Une innovation clé pour le développement de bio-médicaments plus sûrs et plus accessibles, qu’il s’agisse de virus pour la thérapie génique ou de nanoparticules lipidiques pour les vaccins à ARN messager.

    « Notre ambition est de rendre la caractérisation des nanoparticules aussi simple et rapide que possible, pour aider les acteurs du biomédical à développer plus efficacement les traitements de demain. » — Alexis Auchère, cofondateur d’Unveil

    Le label i-Lab 2025 leur permettra d’accélérer leur phase d’industrialisation et de renforcer leur R&D .

    Après-midi orientée action

    L’après-midi s’est ouverte avec Marie Dollé, brillante intervenante à la tête de la plateforme EuroQuity, et également autrice de “In Bed With Social”.

    Avec simplicité et justesse, elle a rappelé une vérité utile à tous ceux qui reçoivent — ou donnent — des conseils :

    « Il faut écouter ce qui résonne avec vous. » — Marie Dollé

    Au-delà de cette citation, elle a partagé des conseils concrets tirés de son expérience chez EuroQuity, notamment sur la façon d’aborder une levée de fonds — une étape souvent nécessaire pour cofinancer leur programme d’innovation i-Lab.

    Et le prochain voyage ?

    Pour les lauréats, il s’agit désormais de prolonger l’aventure : concrétiser leur projet, renforcer leurs équipes et trouver les compléments de financement nécessaires à leur développement.

    Pour celles et ceux qui n’ont pas été retenus cette fois, le voyage continue aussi : l’heure est déjà à la préparation des prochains appels à projets du concours i-Lab. Et, comme toujours, cela commence dès maintenant.

    Pour aller plus loin, lien du dossier de presse des lauréats : https://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/sites/default/files/2025-10/dossier-de-presse-france-2030—laur-ats-concours-d-innovation-2025-38064.pdf